Cinéma : Poppie Nongena, le courage face à la bêtise!

Dernière mise à jour : 19 août 2021



Regarde dans le rétroviseur, c’est là qu’elle apparaît, de noir vêtue, larmes aux yeux et surtout ce poing droit levé tout haut, comme pour dire sa résistance, parce que non, il ne faut pas baisser les bras, non, surtout quand est on est NoirE. Elle, c’est Poppie Nongena. Elle donne son nom à ce long métrage, 105min, du jeune réalisateur sud-africain Christiaan Olwagen.



Contexte d’Apartheid

L’une des questions essentielles si ce n’est la question essentielle posée dans ce film est celle de savoir comment, par quels moyens, par quels mécanismes finit-on par devenir étranger dans son propre pays ? La réponse subtilement dessinée dans ce film est celle de l’Apartheid, régime d’exclusion pratiqué notamment en Afrique du Sud entre 1948 et 1951 par un pouvoir blanc suprématiste. Ici, nous sommes dans les années 70’.




Poppie, la combattante

Dire que Poppie est une combattante est retirer à ce substantif tout ce qu’il peut contenir de militant. Car, en vrai, Poppie est tout sauf militante. Elle est une nounou sans histoire, noire douce et très chrétienne. Elle œuvre tranquillou dans une famille blanche - et aisée - dans les beaux quartiers de Cape Town.

Dans la banlieue vivent son mari qui, lui, a mal à sa santé, sa mère et ses trois enfants dont l’aîné, le beau Bonisile, s’est enrôlé dans la jeune milice contre l’expropriation. Pendant que Poppie va chercher les sous dans la blanche famille dont elle s’est noué une belle amitié avec la patronne, derrière, la révolution des Camarades vitupère sur l’interdiction ou non de l’alcool, mais surtout sur la langue dans laquelle étudier : afrikaans ou anglais? Bonjour Soweto !

La porte sur les problèmes ne s’ouvre que lorsqu’on lui signifie le non renouvellement de ses documents, faisant d’elle une étrangère sur ses propres terres. Elle doit déguerpir pour des terres moins généreuses, dans le nord du pays. Il faut décamper avec sa famille, tout et tout.



Spiritualité

Si seulement nos ancêtres bantus pouvaient être là quand nous avons besoin d’eux. Si seulement ils pouvaient tendre l’oreille et écouter nos lamentations, le cri du cœur, la douleur. Si seulement… Et il ne faut surtout pas compter sur le Christ pour faire mieux. D’ailleurs voilà longtemps, long-longtemps que Poppie attend qu’Il agisse, que Sa justice soit faite. Mais que nenni !

Heureusement, que ce soit pour nos ancêtres ou pour le Dieu des religions (de l’oppresseur) adoptées, le spirituel se manifeste autrement, par l’amitié par exemple. Tout n’est pas que blanc et noir, blanc ou noir. Il y a toujours (heureusement !) des zones grises, celles de la solidarité et de l’amitié, même si cette amitié est illégale et donc inébranlable.


Du roman à l’écran


Ce long métrage multi primé est basé sur Le long voyage de Poppie Nongena, un roman d’Elsa Joubert, considéré comme l’un des meilleurs romans africains du siècle dernier.


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Les plans, les cadrages, la lumière, les couleurs, la lenteur du portrait, tout y est filmé pour qu’on se sente immergés, plongés dans l’action, dans le parcours bosselé de Poppie. Comme cette scène où Poppie, débarquée de Cape Town riche, et en route pour son township, se tient là, comme ça, debout dans le train, un portrait de la Sainte très Vierge entre les mains. Le réalisateur Christiaan Olwagen réussit à nous faire cerner la détresse de ce personnage, excellemment interprété par Clementine Zitha. On vit sa détresse. Ensemble, nous ne faisons qu’un. Oh Sainte Marie Mère de Dieu, pourquoi continuer à te demander de prier pour nous si c’est pour que rien ne change. Dans ce cas, peut-être est-il préférable de tenir le poing levé !



Projection du film en plein air le jeudi 19 août à 21h30 au Théâtre de la Verdure à Lausanne, Esplanade de Montbenon.


Le programme complet du festival de Cinémas d’Afrique de Lausanne.

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