Des racines dans l’oeil

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"Max Lobe va du postulat biblique que les yeux sont la lampe qui éclaire notre dedans. Quelle lumière portent nos yeux, qu’est-ce qu’elle éclaire en nous, quels mots, quel mal, l’insulte comme une ceinture de chasteté. Ouvrez vos yeux, recevez la lumière qui éclairera votre dedans. "


Qui leur a dit que les choses se passaient ainsi? Qui leur a dit qu’on pouvait demander aux gens, des innocents de surcroît, de s’enfermer pendant deux, trois ans, tout perdre, la danse n'a jamais été aussi macabre, la connaissez-vous, cette danse-là, ses pas, celle qui réveille la mort qui ne nous quitte pas, et comme ça, voilà, après la fête avec la mort, elle flotte encore sur son squelette, après avoir pourri du dedans de ta bière pendant près de trois ans, on te demande de briller, briller encore plus fort que la lune.


Oh mon bébé, doux-doux bébé, brille en moi. Tes yeux portent à eux seuls la lumière qui éclaire mon noir. Est-ce qu'on découvre un tel regard, le tien, amore! Est-ce qu'on dé-c-ouvre ton regard, la flamme qu'il y a là dedans, pour le garder dans son armoire? N'est-ce pas qu'une telle lumière, un tel regard, le tien bien sûr, amo, c'est là tout haut sur le chandelier qu'on le dresse?


Ah, mes gens, mes gens, mes gens... Il m'a tué!


Mais, mais qui leur a dit que les choses se délieraient d’aussitôt. La tête, ce n’est pas comme un tiroir où on range et dé-range comme bon nous semble. La tête n’est pas une marmite dans laquelle on met ou retire des ingrédients en fonction de la soupe qu’on veut cuisiner. Quelle soupe de vie veux-tu cuisiner pour nous, amo, toi et moi? Trois ans d’enfermement sans sursis, psychiatrie, est-ce que cela fait de toi un meilleur cuisinier de ta vie, a fortiori de la nôtre à nous deux?


J'ai dit l'autre jour à ma mère: aucun mot ne s'évapore de la tête. Elle a écarquillé les yeux d'incompréhension.


Pas comme ça. J'entends, aucun de ces mots-là ne s'évapore comme ça. Il y a des mots, vous le jure, l'insulte par exemple, tu fais tout, tout et tout, même après la fin, f-i-n, c'est toujours là, ça te regarde droit dans les yeux, droit dans la conscience.


Oh mes gens, je ne suis qu’un piètre cuisinier. Tout ce que je veux, c’est de saler ta vie. La mienne? Qu'on s'en foute donc ! Ta vie à toi, oh qu’elle est fade! Voyons, sommes-nous ici en Établissement de mort sénile? Fade comme la nausée de novembre. Donnez-moi un peu de sel svp. Du sel. Novembre manque cruellement de sel!


Oh mes gens, est-ce que la tête est comme un pot de plantes? Attention monsieur, me dira l’autre, le fleuriste, faut pas trop arroser, les racines risquent la noyade. J’ignore dans quel état se trouve les racines de ma tête, dans ma tête, dans mes yeux.


Ils vous disent: « brain storming! Séance de brain storming! » En vérité, oh mes gens-bien-aimés, jamais je n’ai vu la violence mentale se déployer avec autant de force dans les entreprises, les corporates, qu’ils s’appellent ces fous qui implorent chaque matin une foudre sur le cerveau de leurs collaborateuses, brain storming, brain storming, oh que ça détruit le cerveau qui avait pris l’habitude de « stay at home ». Restez donc chez vous, bordel!


Je propose le « Tree growing thinking » oui la pensée arborescente, participative. Elle est plus tranquillisante, elle invite l’autre au bourgeonnement du monde nouveau que nous appelons de nos souhaits. La pensée arborescente qui intègre vraiment tout le monde, la pensée arborescente qui étend sa plus fine branche jusque loin là-bas, loin, loin là-bas jusque faire fleurir l'histoire de celui-là, oh regarde celle-là, l'avons-nous oubliée dans notre mouvement de phototropisme?


Les racines de la tête ne doivent pas se noyer. Les racines dans mes yeux, des fleurs, les larmes arrosent, tout naturellement. Elles ne se noieront pas, vous le jure mes gens, les racines dans mes yeux. ´Cauz there’s no more storm. Les racines disent l’intimité, l’universalité en nous, l'universalité qu'on donne à voir au monde.


Qui leur a dit que les choses se passaient ainsi?

Aucun coussin de paresse! Il avait osé celui-là. Qui, qui leur a dit qu'il suffisait d'un ballon, tel ou tel maillot, pour qu'alors surgisse la lumière. Non. Y a qu’un seul et unique constat, le constat criant d'une carence d’humanité, d’intimité, vous le disais, mes gens d’universalité.

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