Macron giflé. Un acte inacceptable, quoique...

Dernière mise à jour : juil. 4


La gifle infligée au président français Emmanuel Macron lors de son récent déplacement dans la Drôme, pardon, mais c’est inédit. Oui qu’on se souvient de l’enfarinement de Hollande – de la farine pour les « sans-dents » de l’Abbé Pierre. Oui qu’on se souvient du « Casse-toi pauvr’ con ! » de Sarkozy, un vrai auto-enfarinage, cette fois-là. Nous pouvons citer pléthore d’exemples d’actes malheureux, étrangement ressemblants d’ailleurs au suicide altruiste Durkheimien : l’assassinat de Kennedy, l’attaque du pape KarolE, Jean-Paul II, l’assassinat de Sankara et même la crucifixion du Christ à y voir de près. Mais une gicle ! Une claque. C’est autre chose. Comme ce héro du genre Marvel qui met une claque à un autre héro, le prétendu méchant : « Tais-toi ! » qu’il assène.

Une gifle ? C’est de l’humiliation. La honte est un sentiment qu’on ressent en-dedans de soi, pour soi. C’est personnel. La honte est interne. L’humiliation est externe. L’humiliation est le procédé par lequel on plonge publiquement (parce qu’il faut qu’il y ait au moins un témoin hormis les deux protagonistes), publiquement donc, et intentionnellement une personne dans un état de honte. C’est ça la gifle. L’humiliation. D’ailleurs elle peut provoquer pour le moins un sous-rire si ce n’est un vrai éclat incontrôlable. Gifler le patron d’un pays, publiquement et intentionnellement c’est lui infliger, devant les yeux du monde entier, une honte qui jamais ne le quittera. Ne dira-t-on pas, mais, dis-moi, j’ai un blanc, un black-out, ce président-là qu’on avait giflé… ! Est-ce que nos dirigeants se demandent parfois ce que l’histoire retiendra d’eux ? Quelles images laissent-ils dans la mémoire des gens, de tous les gens, pas seulement leurs gens à eux, mais la mémoire partagée en plus petit souvenir commun ? Comment se souviendra-t-on de Macron ?


Qui ose n’a plus de frein.

Nous oublions souvent trop vite le suicidaire, pour peu qu’il soit altruiste selon Durkheim, ce on qui ose passer à l’acte, parce qu’il y a un lac entre le penser et l’agir. Nous oublions souvent vite celui qui ose laisser éclater (au grand jour !) son doute, doute que nous avons en partage très souvent, mais que jamais nous n’osons manifester. Pourquoi ? Le frein. En nous, il doit y avoir un frein qui nous préserve du pire. Le pire à plusieurs consistances : de la gifle au meurtre par exemple, c’est le pire, l’écran, ou la paupérisation des foules, aussi. Le frein. Parce que ça ne se fait pas de mettre une claque à qui que ce soit, pas à une femme, pas à un enfant, pas à un homme sympa, même pas à un boss, même pas à un président qu’on n’aime pas. Même pas à une Phall’Excellence !


Mountazer al-Zaïdi. Ça vous chante ? Ce journaliste irakien qui, fin 2008, avait lancé un, deux pieds de chaussures à Georges Bush-le-fils. C’est lui, Zaïdi, qui au premier jet de chaussure, avait hurlé : « C'est le baiser de l'adieu au nom du peuple irakien, espèce de chien ! » Pour la deuxième chaussure, il avait crihurlé : « C'est pour les veuves et les orphelins et tous ceux tués en Irak ! » « A bas la Macronie ! » dira l’autre. Après la torture et autres bons traitements, Zaïdi est aujourd’hui un héros national et régional, symbole même des consciences endolories, où qu’elles soient, contre de la présence coloniale américaine.


Tout cela pour éviter une gifle ?

Quand je vois toute la sécurité qui va être mise en branle, une vraie érection publique, à Genève la semaine prochaine, je m’interroge. Est-ce que tout ce dispositif et ce qu’il va coûter en termes de brainstormings, de cameras, de réunions, de diagrammes, de CO2, de molosses, … est-ce qu’ils feront tout cela pour éviter une gifle ?


Quels sont donc ces dirigeants qui ont tant peur de se frotter aux autres, à leurs vrais opposants, le peuple ? Des petits bambins mâles-mailles jusqu’aux plus vielles édentées de grand-mamans : voilà de quoi ils ont peur.


Et là-bas, dans tout ça ?

La gifle. Je me demande ce qu’en pensent mes jeunes frères africains. Qu’en disent les jeunes Tchadiens dont Macron a récemment avalisé, éhontément adoubé le maintien au pouvoir d’un régime tyrannique, monarchique, phall’excellenciel ? Et ceux du Mali, et ceux de Centre-Afrique, et ceux du Cameroun, et ceux du Sénégal, et ceux du Gabon, et ceux… et tous ces jeunes étouffés par une ancienne puissance coloniale qui avance le masque les yeux ? Et il ne faut pas compter sur les anciens pour les leur retirer, leurs masques les yeux.


Nous sommes en 2021, le corona est passé par là. On va passer du pire à pire-étoile. Plusieurs étoile. La dette pèsera lourd sur des générations et des générations. Il n’y a qu’à sentir l’odeur putride du détournement. Alors à ces jeunes-là, j’aimerais savoir ce qu’ils pensent de cette gifle ? Cosmique et Comique ? Qu’en pensent nos amis, ceux des gilets jaunes ? Toutes ces femmes qui avant-Covid étaient déjà dans la rue, de toutes les couleurs, de toute les saveurs et odeurs, à tout heure, pour émettre leur doute. Et même qu’en pensent vraiment les collègues européens d’Emmanuel Macron ?


La banalité de la violence

De la périphérie gronde la colère, la rage, la violence (pas celle des manifestations, pas celle policière qui aveugle, pas celle des urnes, pas celle d’un parlement, même pas celle des médias, non, mais de la violence banale – pas banalisée, banale !- la violence banale pour l’homme ordinaire, celle qui me vient directement à l’idée à l’évocation du mot « violence », la femme battue, l’élève tourmenté, la fille harcelée, l’efféminée bousculée, des trucs de ce genre, de la violence banale ou la banalité de la violence, c’est-à-dire la gifle), cette violence ordinaire-là est centripète. C’est comme un retour d’ascenseur. Une gifle. À un président de la république. Ça ne se fait pas !




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