Monkeypox ou la variole du singe : mon expérience sans filtre !


Le mois dernier, juillet 2022, je suis à Berlin pour préparer la sortie de mon roman "Confidences " en allemand, sous le tire " Vertraulichkeiten". Je me rends à Wedding, à la Turmstrasse quelque chose comme ça, dans une sorte de check-point (cabinet de médecine MST et infectiologie) pour faire mon bilan trimestriel de santé sexuelle. Quelques jours plus tard, le médecin me téléphone. Il dit que tout est négatif. Je souffle. Mais je n’ai pas le temps de terminer mon soupir qu’il m’annonce aussitôt dans un accent fort germanique : « But you’re pôsitiV to Monkeypôx » Il me dit qu’il faudra rester en isolement pendant au moins deux semaines. Il n’y a que du paracétamol et ibuprofen contre la douleur. Il me dit qu’il ne pourra pas m’aider autrement, mais que si la douleur persiste et s’intensifie, je n’ai qu’à lui passer un coup de fil. Et moi je pense : lui passer un coup de fil ? pour quoi faire ?


Mes gens, le monde ne s’est pas écroulé sous mes pieds. Non. Garder la tête froide, le Covid me l’a enseigné. De plus, vous savez pourquoi j’ai su garder la tête froide ? Parce que j’étais bien informé. Oui, mes gens, celui qui a la bonne information et toutes les autres astuces que je partagerai ici même avec vous, sait comment se comporter dans ce type de situation et surtout comment éviter la légendaire et intarissable stigmatisation contre les hommes ayant du sexe avec d’autres hommes.


En effet, depuis mai dernier, j’entends beaucoup parler du Monkeypox. Sur le réseau Instagram, je suis un médecin infectiologue américain ( Doctorcarlton) qui déjà alors alerte les autorités américaines sur le truc et parle d’urgence de santé publique – c’était bien-bien avant ceux de l’OMS. Doctorcarlton en parle sans tabou comme pour tous les autres sujets d’ailleurs, sinon je ne le suivrais pas. Il donne des conseils, comment s’en sortir avec les moyens de bord, parce qu’alors, en ce moment-là, le vaccin n’était disponible nulle part sur cette terre. Fallait faire, justement, avec les moyens du bord


C’est ce que je m’applique à faire lorsque je me sais positif à la variole du singe. Mais les symptômes n’apparaissent pas tout de suite. La première semaine, je n’ai rien. Je n’ennuie en isolement. Et même que je pense que le médecin allemand a dû me diagnostiquer positif parce qu’il a vu en moi un éventuel singe. J’en ris avec les amis qui m’appellent tout le temps en vidéo-call pour prendre des nouvelles. Je leur dis : regardez vous-même, je n’ai aucun symptôme, je vais bien. Mais ce n’était que pour quelques jours, car les premiers symptômes surviendront bientôt : irruptions cutanées, fièvre, beaucoup-beaucoup de fièvre, comme si tout mon dedans était en feu, maux de tête, courbatures et surtout, et surtout, oh mes gens, cette douleur indéfinissable qui vous tue lorsque vous faites un tour au petit coin. D’ailleurs, permettez-moi de souligner ici, mes gens, que ce dernier symptôme, oui celui-là, la douleur à l’anus – puisque c’est de ça dont il est question, est sans doute l’élément le plus difficile à dire, à raconter dans son anamnèse (reconstitution des faits pathologiques), tant c’est intime. Voyez-vous, il est compliqué de dire à ses proches ou à son employeur : Je vais mal, oui très mal, j’ai mal à l’anus ! D’ailleurs, je reste persuadé que c’est ce qui rend toute cette histoire quelque peu honteuse – et à tort ! Parce que les gens vous diront : T’avais qu’à ne pas baiser du trou du cul ! Mais qu’est-ce qu’ils en savent, eux ? Oh que la bêtise insiste toujours, disait l’autre.


Mon premier bouton est apparu là, précisément entre mes sourcils, à la racine du nez, au milieu de mon visage. C’est là que les vraies choses ont commencé. Ça s’est très vite corsé. C’est aussi à ce moment précis qu’on devient ultra contagieux ; l’isolement devient un must. Oh sorry pour les plus démunis qui vivent en collocation ou en famille, aux travailleurs du sexe – c’est un métier, bordel ! Une pensée tout à fait spéciale pour vous, car c’est toujours et encore vous qui payez le prix le plus cher. Faites donc gaffe, mes gens ! Après un passage aux toilettes, il faut tout nettoyer de fond en comble, à la Javel, pour protéger les autres. Éviter de partager vos draps, votre couvert, éviter de vous asseoir sur les mêmes meubles que les autres, éviter tous les contacts peau-à-peau, skin-to-skin comme on dit. Isolez-vous ! Oui, mes gens, je sais que vous êtes assez forts pour porter cette croix dans votre coin. Je sais que vous pouvez le faire, et les amis sont là pour vous, nous sommes là ! Et nous n’attendrons pas qu’un quelqu’un, aussi Conseiller fédéral soit-il, vienne à notre rescousse. Voyez-vous, nous ne sommes pas des vieux blancs cis-genres. N’est-ce pas ?


D’ailleurs, dans mon cas – parce que les cas sont semblables les uns des autres, mais aussi très différents – personne ne m’a forcé à rester en isolement, le mal dans la chair est tel qu’on n’a pas le choix. Lorsqu’on a mal à l’anus, vous le jure, c’est tout le corps qui se meurt. C’est là que vous vous rendez compte que l’anus est vital pour notre corps, tant pour rejeter la merde que pour absorber le plaisir : c’est ça même la définition de la vie.

Mes gens, voici quelques astuces qui vont vous permettre d’avoir à la fois moins de boutons – et donc moins de cicatrices, mais aussi de vivre cette maladie, à son zénith, sans trop de souffrance dans la chair.


- Faites-vous des bains chauds de gros sel réguliers, 3 à 4 fois par jour. Le gros sel coûte rien du tout dans le commerce. Et si vous n’avez pas de gros sel, le sel de cuisine fait très bien aussi l’affaire. Ça cicatrise vite les irruptions cutanées et soulage la douleur.

- Mangez des aliments de Lest : légumes, fruits, des trucs riches en fibres qui permettent une meilleure descente dans la digestion. Évitez les plats de pâtes et autres gros féculents de la sorte. Leur digestion peut être très douloureuse – et puis, l’irruption cutanée doit également être intra-intestinale. Du coup, chaque millimètre de digestion (le péristaltisme ou la descente des aliments consommés) peut entraîner une grande souffrance et augmenter la fièvre.

- Utiliser un « ramolisseur » de selles, le DulcoSoft par exemple. Ça aide beaucoup à faire descendre les selles et éviter une hémorragie plus ou moins importante à force de pousser…

- Paracetamol et anti-douleurs au maximum.

- Pour vous mes gens qui êtes touchés à l’anus, un bon ventilateur bloqué net entre les jambes soulage énormément, vous le promets, surtout en cette période de belle chaleur.

- Évitez, si vous le pouvez, des rapports sexuels avant tout vaccin. On est protégés à 100% seulement après la 2e dose ! Il faut un mois entre les deux doses.

- Pratiquez la masturbation, utilisez les jouets sexuels en attendant : ceci est un conseil d’ami pour vous, mes gens, qui savez que le sexe n’est pas un péché, mais une nécessité, oui je l’ai bien dit, c’est une nécessité, même un besoin vital !


Je ne suis pas médecin, mais comme susmentionné, je suis des médecins infectiologues sur les RS. Le monkeypox et le smallpox sont deux virus différents, peut-être cousins, mais différents. Au début, l’on a cru que le vaccin contre la variole normale, celle qui fit des morts et des morts chez l’homme le siècle dernier et qui fut déclarée éradiquée en 1980, on a cru que ce vaccin-là protégeait également contre la variole du singe. Aber nein ! Il n’en est rien ! D’un, je suis né en 1986 au Cameroun. Les vaccins contre la variole-smallpox ont été arrêtés en janvier 1980, justement, année de déclaration de l’éradication de la smallpox. Cela veut dire que, comme beaucoup de jeunes gens de mon âge qui chopent la variole du singe aujourd’hui, je n’ai pas cette marque sur l’épaule qui témoigne de mon vaccin contre la variole-smallpox ; je n’ai tout simplement pas été vacciné contre ça. De deux, plusieurs études pour le moment, disent les médecins, montrent que les deux types de varioles, la petite et celle du singe, sont deux virus différents. Aussi, vous le dis, pass auf ! Attention ! Ne pensez pas que le vaccin contre la smallpox vous protègera forcément contre le monkeypox.


Maintenant que nous avons dit tout ça, ah mes gens, pour tout le reste qui ressemble à la stigmatisation, que voulez-vous que je vous dise ? La stigmatisation est tout aussi humaine que la connerie. C’est à n’en point finir! Oui que le puits de la stigmatisation et de la délation est bien trop profond. Ma foi, on n’y peut rien. Moi j’en parle avec une liberté infinie car j’en reste persuadé, mes gens, ce qui compte lorsqu’on est positifs, ce n’est pas tant comment et où on a chopé la maladie : cela devient déterminant pour la prévention et la rupture de la chaîne de contamination. Mais le plus important lorsqu’on se sait positifs, c’est d’être accompagnés de manière à vivre cette expérience avec le moins de douleur possible. Voilà, car la maladie, c’est comme la pluie : il pleut sur tous les toits, du moins, on ne sait jamais quand il pleuvra sur son toit à soi.


Voilà ce que je peux vous raconter comme survivant aujourd’hui souriant de cette nouvelle épidémie qui frappera sans doute plus qu’on ne l’imagine.


Tendres baisers, et bien le courage à vous, mes gens !




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